Harcèlement moral : en famille aussi ?

Par Pascale Senk Publié le 24/01/2014 Le Figaro.fr

Alors que la famille est censée être un cocon protecteur, certaines se révèlent un vrai enfer psychologique.

Le spot a fait son buzz sur la Toile en novembre dernier. Avec le film Fred et Marie, la fédération Wallonie-Bruxelles de l’Association contre les violences psychologiques réussit à montrer en 15 minutes ce qui se passe dans un couple où l’un des deux, «pervers narcissique» selon l’association, harcèle, dénigre et détruit à petit feu sa compagne. Cela passe par d’infimes événements: Fred oblige Marie à changer de robe avant un dîner entre copains, refuse qu’elle y invite sa meilleure amie… Mais, quelques instants après, il lui déclare avec passion qu’elle est «son grand amour adoré». Cette fiction qui s’appuie sur des travaux psychologiques, réalise la prouesse de faire comprendre des mécanismes insidieux et qui, de surcroît, se déroulent dans le huis clos par excellence, la famille.

Car depuis la révélation d’un «harcèlement moral» par la psychanalyste Marie-France Hirigoyen, le terme et ce qu’il recouvre dans le monde du travail a bien été décrit. Il fait même l’objet d’un cadre législatif qui vise à restreindre sa propagation. Mais depuis quelques mois, on voit fleurir des études sur les «parents toxiques», «les conjoints manipulateurs» ou «l’emprise» à laquelle nous contraindraient certains liens affectifs mal gérés. Le harcèlement moral serait-il en train de se diffuser – après l’entreprise et l’école – dans des espaces censés plus protecteurs: le couple, la famille?

«L’amour parental est devenu plus encombrant»

Nicole Prieur, psychothérapeute familiale qui vient d’organiser un colloque autour de «L’amour qui fait mal» (Colloque du Ceccof les 29 et 30/11 à Paris), réfute l’usage trop rapide de ce terme, tout en reconnaissant une augmentation de ce qu’elle préfère appeler «les souffrances en famille». À quoi attribuer celles-ci? «La société assigne chacun de nous à être heureux, à devenir soi-même, observe-t-elle. Or cela s’oppose souvent au “vivre ensemble” du groupe familial. Le but de la famille étant de développer le “nous”, il y a de fortes tensions entre cet appétit d’épanouissement personnel et le projet familial.»

Christel Petitcollin, conférencière spécialiste de la manipulation mentale qui vient de publier Enfants de manipulateurs, comment les protéger? (Ed. Guy Trédaniel) confirme. Selon elle, par exemple, le personnage de la mère de Guillaume Gallienne dans le film: Les Garçons et Guillaume, à table!, quoique représenté dans une comédie, montre bien le comportement d’une mère manipulatrice, assez typique de notre époque: «Elle nie totalement son fils dans sa vérité, l’identité qu’il se construit avec douleur…» Soit. Mais François Mauriac, avec sa Thérèse Desqueyroux des années 1950, montrait bien déjà le poids des injonctions familiales sur celle qui voulait être libre…

«Aujourd’hui, ce qui est nouveau, c’est que les jeunes adultes sont pris dans des loyautés très fortes, analyse Nicole Prieur. Ils savent que leurs parents ont fait des efforts ou que leur mère, déjà seule, ne peut être quittée par eux. Et si elle s’effondrait?» En arrivons-nous alors à parler ici «d’emprise»? «En tout cas, l’amour parental est devenu plus “encombrant”, estime la psychothérapeute. Les enfants ont du mal à s’en dégager.»

Il faut dire que les parents dits «toxiques» regorgeraient de plusieurs techniques manipulatrices. «Ils sont assez faciles à reconnaître tant leurs comportements sont stéréotypés, assure Christel Petitcolin. Ils agissent avec leurs victimes en utilisant quatre ficelles, toujours les mêmes: la séduction (couvrent leurs enfants de cadeaux), la “victimisation” (”à cause de toi, je vais mal”), les représailles lorsqu’ils sont contrariés (voire les intimidations), et bien sûr la culpabilisation». C’est alors une sorte de «colonisation mentale» qui ébranle les rares certitudes de la victime et l’empêchent de vivre sa vie. Là encore, un exemple cinématographique est opportun: celui de la mère de l’étudiante dans le film Oui, mais qui, dépressive, menace de se suicider lorsque sa fille commence à sortir avec un garçon, la laissant donc le soir à sa solitude.

Ces mécanismes apparaîtront communs à beaucoup – André Gide en son temps ne disait-il pas déjà «familles, je vous hais»…? Cependant les évolutions sociétales amèneraient ceux-ci à proliférer, estiment les professionnels de la psychologie.

«Chacun attend trop de l’autre aujourd’hui, estime Nicole Prieur. D’un côté des parents qui estiment “donner beaucoup” ; de l’autre, des enfants en quête éperdue de reconnaissance… Dans le couple, rien ne va plus non plus: on s’éprend de l’autre à travers un prisme de projections, on attend l’impossible de lui… Et quand celui-ci ne vous reconnaît pas, quand il vous amène dans ses propres désirs en vous niant, on se sent détruit!». Et s’il fallait en effet s’attaquer à ces racines profondes du harcèlement pour le combattre?

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